Deux heures avec une femme d’exception

Deux heures avec une femme d'exception 1

Dans le cadre des cours de philosophie et d’économie, la classe de T°L-ES2 a eu la chance, et surtout l’honneur, de rencontrer Cécile Renouard lors d’une conférence au CDI.

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Sœur Cécile est une religieuse de l’Assomption, diplômée de l’ESSEC et docteur en philosophie ; elle a d’ailleurs écrit plusieurs ouvrages dont Éthique et Entreprise (1)Depuis plus de 20 ans, elle s’interroge sur la responsabilité des grandes entreprises quant à la justice sociale, sur l’importance du lien social et du bien-être au travail, sur la compatibilité entre le rendement et le développement durable. C’est pour répondre à ces interrogations qu’elle parcourt le monde et pousse les portes des plus grandes multinationales.

Sœur Cécile fait partie de cette catégorie de personnes qui se définissent par leurs actes. Les premiers mots qu’elle nous a dits sont : n’attendez pas pour changer les choses qui ne vous conviennent pas et surtout, n’attendez pas d’ordres « d’en haut». Ce ne furent pas des paroles dans le vent et sans réel fondement. Pour les besoins de sa thèse, elle est partie en Afrique, notamment au Nigeria. Là-bas, elle a enquêté sur le terrain dans des firmes internationales telles que Lafarge ou Unilever. Elle s’intéresse à l’impact qu’ont ces entreprises sur le développement des populations et des pays où elles sont installées. Elle nous dit qu’à l’époque, quand elle a frappé aux portes de ces grandes entreprises, elle l’a fait naïvement, sans penser qu’elle pourrait trouver portes closes. Aujourd’hui, elle pense que c’est son statut de religieuse qui l’a aidée à entrer dans l’intimité de ces châteaux-forts car les responsables de ces multinationales lui ont fait confiance.

Actuellement, elle dirige un programme de recherche à l’ESSEC nommé CODEV « entreprise et développement ». Ce programme de recherche est transversal, il mêle l’économie, l’anthropologie, la sociologie, la philosophie et des matières plus scientifiques. Le programme prend en compte des aspects techniques et humains car il faut associer plusieurs axes de réflexion pour repenser le modèle actuel et chercher des modèles plus justes et plus durables. Il s’agit de trouver à plusieurs dans le cadre de choix et de libertés personnelles à exercer, d’autres critères d’évaluation de nos actions, ce qui est assez rare. La plupart du temps, le développement durable n’est vu que par un seul prisme, soit économique, soit social, soit écologique. Pour en revenir au programme de recherche, son fil conducteur est la qualité du lien social et du bien-être des populations. Ces deux critères sont la base d’un bon développement social et économique d’un pays car, quand une population se sent bien, elle a plus envie d’investir dans son pays pour le faire progresser.

Kant disait « Agis de façon telle que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans toute autre, toujours comme une fin et jamais simplement comme un moyen ». Pour Cécile Renouard, nous avons tous une richesse intérieure, chaque vie a un prix, et chaque être est unique et irremplaçable. Mais comment pouvons-nous organiser nos sociétés afin que chacun ait sa place? Comment associer ces principes moraux aux entreprises qui considèrent, souvent, leurs salariés comme des moyens pour produire plus et gagner plus ? Pour évaluer si les grandes entreprises agissent pour la qualité du lien social, l’écosystème et les générations suivantes, le programme CODEV a mis en place un indicateur de capacités relationnelles qui comporte trois dimensions :

– pouvoir être en relation avec d’autres (relation humaine, moyens de transport, moyens d’information) ;

– pouvoir entretenir une relation privée (ressentir et donner de l’amour, de l’amitié, avoir confiance dans sa famille ou ses amis et pouvoir recevoir de l’aide) ;

– pouvoir s’engager civiquement (faire partie d’associations, pouvoir voter, faire des travaux d’intérêts collectifs ou pouvoir avoir confiance en des inconnus).(2)

Ces critères peuvent nous paraître simplistes mais au Nigeria par exemple, presque aucun d’entre eux n’a été validé. En effet, à cause des activités pétrolières mal gérées, de son économie vulnérable aux chocs climatiques et aux fluctuations des cours des matières premières, de sa forte croissance démographique et de son insécurité face aux conflits religieux, les relations interpersonnelles nigérianes se sont dégradées.

La transition de notre monde doit donc se faire au bénéfice du lien social et écologique. Cet horizon est obligatoire pour nos sociétés mais, contrairement à ce que l’on nous montre, il y a énormément de solutions. Comme l’a dit C. Renouard, il faut que le changement vienne d’en-bas et pour cela, il faut d’abord analyser notre propre situation et relativiser :suis-je moi-même en qualité de relation avec les autres ? Quel est mon rapport à l’argent ?Elle nous a relaté l’expérience d’un jeune doctorant qui travaille avec elle et qui a préféré faire une thèse, ce qui lui plaisait, plutôt que de gagner le salaire mirobolant promis par son école.Pourquoi ne pas compter autrement ce qui compte ? Quel est mon rapport à la technologie ? Suis-je autonome face à mes appareils ou dépendant ? Ces appareils me sont-ils utiles ?

Chacun a des richesses inouïes et uniques qu’il convient de partager. Aussi, n’attendons plus pour associer nos capacités d’initiative !

Cécile Renouard a terminé son intervention en citant Gandhi : « Sois le changement que tu veux pour le monde ».

 

Jade Radisson et Estelle Leblond T°L,

Cet article a été écrit dans la cadre du cours de philosophie de C. Lecocq Hubert en lien avec la pastorale.

 

(1)Cécile Renouard, Ethique et entreprise, Editions de l’Atelier, 2015.

(2) http://irene.essec.edu/codev/relational-capability-index-rci

N’attendons plus pour être éco citoyens !

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Du 05 au 11 mars 2017  les lycéens  éco délégués ont accueilli les correspondants belges et allemands dans le cadre du programme Erasmus +.  A cette occasion ils ont participé à un programme d’activités sur le thème « N’attendons plus pour être éco citoyens !  » parmi  lesquelles une journée à Lyon, notamment sur les pentes de la Croix-Rousse et dans l’éco quartier de Confluence.

Sur les pentes de la Croix Rousse, ils ont pu échanger avec des créateurs qui recyclent différents matériaux :

– l’atelier-galerie 27 Watts vend des coléoptères à partir d’objets recyclés,

– la galerie Chasseurs d’influences récupère les objets pour créer des vitrines dans le monde entier,

– et enfin Madame des Feuillants recycle les bijoux de nos grand-mères.

A la Confluence, ils ont bénéficié d’une visite de son éco quartier, conçu pour l’écologie et autour d’elle. Cette visite fut très riche en enseignements et découvertes.  

Après  la disparition de ses activités historiques, industrielles et portuaires, les 150 ha de ce quartier ont été aménagés en visant un objectif : construire une ville intelligente et durable. L’enjeu était et est toujours de concilier les exigences environnementales tout en anticipant les besoins futurs des usagers.

  1. La Société d’Economie Mixte Lyon Confluence est nommée par le maire de Lyon, Gérard Collomb, aménageur du projet Lyon Confluence pour le compte du Grand Lyon. La ZAC 1 est créée. Les travaux débutent…

Cette mobilisation vise, depuis le lancement du projet urbain, à créer une ville sobre, innovante et créative, encourageant les mobilités douces et limitant les impacts environnementaux. Une ville accessible à tous qui sache tisser des liens forts entre l’existant et les nouvelles réalisations,  tout en favorisant le partage. Pour donner vie au projet Lyon- Confluence, et construire ou réhabiliter des bâtiments et équipements, la Métropole de Lyon a fait le choix de découper le territoire en deux zones d’aménagement concerté (ZAC).

Une zone d’aménagement concerté (ZAC) est définie par le code de l’urbanisme comme « une zone à l’intérieur de laquelle une collectivité publique, ou un établissement public y ayant vocation, décide d’intervenir pour réaliser ou faire réaliser l’aménagement et l’équipement des terrains, notamment de ceux que cette collectivité ou cet établissement a acquis, ou acquerra, en vue de les céder ou de les concéder ultérieurement à des utilisateurs publics ou privés ».

Côté Saône, la ZAC 1 est créée en 2003, l’autre côté Rhône, la ZAC 2 est créée en 2012. Ce découpage géographique et temporel permet de cibler la mobilisation sur un secteur précis du territoire et d’éviter l’éparpillement des projets et investissements.

Le  logement :

    • le quartier offre des logements variés, accessibles à l’achat ou en location sous différentes formes ;
    • près de 5 000 logements dont 1 700 logements sociaux ont été créés (34 %) ;
    • la mixité et la facilitation du parcours résidentiel sont une priorité de la politique ;
    • l’habitat social et abordable est imposé dans les cahiers des charges de Lyon Confluence ;
  • les immeubles (de 2 à 16 étages) respectent une architecture bioclimatique, à énergie positive et alimentés par des énergies renouvelables ;

 

  • l’accent est mis sur l’éco rénovation pour offrir du bâti existant proposant un niveau de confort quasi-similaire à celui du neuf ;
  • 2013 : ouverture d’une résidence pour jeunes actifs ;
  • les logements étudiants : 436 appartements seront complétés d’ici à 2019 par les 88 lits d’une résidence étudiante gérée par le Crous ;
  • l’offre intergénérationnelle : l’habitat est adapté aux besoins des personnes âgées sur l’ancien site de la prison Saint-Joseph et création d’une nouvelle résidence sur l’îlot Rinck : ces deux programmes rassemblent dans des mêmes immeubles étudiants et personnes âgées. 

L’offre culturelle 

  • le Musée des Confluences, à l’architecture originale ;
  • La Sucrière, qui accueille notamment la Biennale d’art contemporain depuis 2001 ;
  • Le Sucre, installé sur son toit, salle de concerts, reçoit régulièrement des conférences ;
  • L’Hôtel 71 qui jouxtera le Lieu Totem de la French Tech regroupera les acteurs européens du monde de la culture ;
  • Les Archives Municipales de Lyon et l’Hôtel de Région présentent un programme d’expositions ;
  • Côté cinéma, un multiplexe est accessible dans le pôle de commerces Confluence.

Des commerces variés

  • des commerces de proximité accessibles à tous les budgets ;
  • conciergeries prévues dans les îlots du quartier du Marché ;
  • pôle de commerces Confluence rassemblant restaurants et une centaine d’enseignes ;
  • marchés et distribution hebdomadaires de paniers par l’AMAP Croc’Ethic.

Partager, créer des liens

Les espaces publics doivent encourager les initiatives et partenariats et créer des liens entre les usagers (place Camille-Georges, place nautique, jardins aquatiques, jardin d’Erevan, esplanade François-Mitterrand, Rives de Saône…). Côté Rhône, Ynfluences Square et l’îlot B2 concrétisent le principe des cours jardinées, avec jardins partagés, espace de compost, aire de pique-nique et jeux pour enfants mais aussi conciergeries et crèches.

Différentes associations participent à la vie locale à travers des vide-greniers, rencontres, conférences, jeux, ateliers, fêtes, bals. C’est aussi le cas de l’association de riverains Envie Partagée qui mène des actions autour du jardin partagé et des rendez-vous ponctuels du conseil de quartier.

Se promener et se divertir

De nombreux sports et spectacles sont proposés grâce à des équipements variés.    Les aménagements des rues, des places, des quais, assurent des déplacements faciles, agréables et sécurisés aux piétons du nord au sud et d’ouest en est.

Les végétaux contribuent à la qualité de l’air. Le pont Raymond Barre offre une liaison piétonne entre La Confluence et Gerland. L’esplanade François Mitterrand relie les deux ZAC, la place nautique et le futur quartier du Marché, le Rhône et la Saône.

 Vivre, étudier et travailler dans un patrimoine préservé

La réhabilitation du quartier a permis de faire renaître le port Rambaud, qui a gardé des traces de son passé (rails, pavés, grues, façades…) tout en se transformant en Docks de la culture et de la communication (Sucrière devenu le lieu d’accueil des biennales d’art contemporain ; Le bâtiment des douanes ; les Salins…).

Au sud, les bâtiments du marché de gros ont été conservés et on changé de destination comme la halle aux fleurs réhabilitée en salles de sports,

L’Université Catholique de Lyon (UCLy) s’est installée dans l’ancienne prison Saint-Paul réhabilitée et accueille 6 000 étudiants. Confluence Institute for Innovation and Creative Strategies in Architecture d’Odile Decq dans une ancienne halle du marché gare, accueille une vingtaine d’étudiants en architecture.

Côté entreprises, le quartier accueille de grands groupes, des PME et des start-up, dans les domaines des services, des commerces, du BTP et de l’industrie ainsi que des centres d’affaires. Dès le début, les aménagements ont été pensés pour proposer des locaux idéals pour tous : grand choix de surfaces, proximité des transports en commun, deux heures d’exposition au soleil minimum, services partagés, haute qualité environnementale.

Se déplacer

Par ses aménagements, le quartier vise une maîtrise de la place de la voiture, une large offre de transport en commun et une place importante faite aux modes de déplacements doux (tram, Vélo’v, pistes cyclables…). Un véritable Vaporetto relie la Confluence à Vaise via Bellecour et Saint-Paul.

En 2010, Lyon Confluence devient le premier quartier durable en France labellisé WWF. Le Grand Lyon et son aménageur, la SPLA (Société Publique locale d’Aménagement) Lyon Confluence, ont bénéficié de l’aide de nombreux acteurs pour répondre à des exigences de performance très élevées et se sont ainsi engagés à respecter les 10 principes internationaux de durabilité préconisés par le WWF :

  • zéro carbone
  • zéro déchets
  • mobilité durable
  • matériaux locaux et durables
  • alimentation locale et durable
  • gestion durable de l’eau
  • habitats naturels et biodiversité
  • culture et patrimoine local
  • équité et développement économique
  • qualité de vie et bien-être

Les performances des quartiers, au regard de ces 10 objectifs de durabilité, seront évalués annuellement. C’est à présent aux futurs habitants de jouer pour mettre ces efforts à profit et bénéficier des économies d’énergie, car sans modes de vie durables, il n’y aura pas de quartiers durables.

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Ce projet interdisciplinaire a été mené par M. Combricon, M.L. Dumas, N. Mergoux, C. Giraud, F. Carron et les professeures documentalistes.