Babacar et les hommes de la ville

Ce matin-là, des hommes arrivèrent de la ville. Babacar, qui travaillait avec ses compagnons dans les champs depuis le lever du soleil, les avait vus arriver au loin. Ils voyageaient dans de gros véhicules tout-terrain dont le moteur ronflait alors qu’ils progressaient à vive allure sur l’unique piste de terre qui permettait l’accès au village. Lorsqu’ils ralentirent et atteignirent les premières cases, Babacar avait déjà rejoint les habitants qui, abandonnant leurs occupations, s’étaient tous rassemblés sur la petite place où avaient généralement lieu les grandes réunions, curieux d’apprendre ce qui amenait ces gens par ici.

C’était en effet un simple village d’Afrique équatoriale, sans grand intérêt – du moins pour les citadins qui se considéraient, semblait-il, bien plus développés qu’eux. Les habitants y étaient peu nombreux, mais Babacar aimait cette ambiance chaleureuse qui y régnait. Il était né dans ce village et y avait grandi en apprenant à vivre avec les autres, à respecter la nature. En grandissant, il avait pris l’habitude de travailler aux champs, et c’était pour lui naturel de labourer, planter, arroser, moissonner, chaque jour dès que les oiseaux entamaient leurs chants mélodieux, tout comme il jugeait évident que les femmes préparassent le repas et que les enfants cueillissent les fruits ou chassassent pour avoir de la viande : c’était essentiel au bon fonctionnement de la vie au village.

Le travail était certes parfois difficile, quand la fatigue se faisait sentir ou que le temps devenait pluvieux, mais Babacar savait que, si cette petite parcelle de terre que possédait le village n’était pas exploitée, il manquerait de céréales et il ne pourrait plus nourrir ni sa femme, ni ses deux fils.

Ces hommes, donc, arrivaient de la ville la plus proche, et ils demandèrent à s’entretenir avec le chef du village. Après plusieurs minutes de discussion, ils expliquèrent à l’ensemble du village qu’ils étaient venus leur proposer des produits efficaces pour l’agriculture et qu’ils trouvaient intéressant d’en propager l’utilisation jusque dans les petites cultures indépendantes. Ces engrais et pesticides – car c’est ainsi qu’ils les avaient nommés – devaient éliminer tous les petits obstacles au développement des céréales, et donner des légumes plus gros, qui mûrissaient beaucoup plus vite que ceux qu’ils faisaient pousser. L’idée enchanta immédiatement Babacar, et il constata que ses compagnons étaient du même avis. Ils acceptèrent la proposition à l’unanimité.

Le village n’étant pas très riche, les citadins firent d’abord cadeau d’une partie de leur marchandise aux habitants, afin qu’ils puissent tester eux-mêmes leurs produits. Les essais furent très concluants, et très vite on racheta engrais chimiques et insecticides. Les productions de céréales étaient désormais facilitées par la disparition des insectes, les légumes poussaient plus vite, et bientôt les hommes se rendirent compte qu’ils n’avaient plus besoin de passer autant de temps aux champs. Les enfants de Babacar étaient mieux nourris, semblaient se porter en meilleure santé qu’avant, et pouvaient passer beaucoup de temps avec leur père qui leur apprenait à devenir des hommes. On mettait tous ces changements positifs sur le compte des engrais, et régulièrement le chef prenait contact avec les gens de la ville pour que de nouveaux produits leur fussent livrés.

Les premiers mois passèrent, et tout semblait aller pour le mieux, lorsque le fils cadet de Babacar tomba malade. Il consulta le médecin, qui conseilla au garçon de rester allongé et de surtout bien se nourrir. Or, au lieu de s’améliorer son état empira, jusqu’à ce qu’il ne fût plus capable de ne boire que de l’eau. Son père, inquiet, apprit alors que d’autres enfants étaient pris de fièvre et d’une même douleur à l’estomac. On se demanda ce qui se passait, d’où venait cette épidémie. Il sembla que les oiseaux, qu’on avait l’habitude de manger aux repas de midi, avaient désormais un arrière-goût étrange, et même l’eau n’était plus la même. Ce qu’ils ignoraient, c’est que les oiseaux, se nourrissant des céréales produites par les champs, avaient été contaminés par les pesticides et autres engrais chimiques dissous dans les cultures. Les enfants, de santé plus fragile que les adultes, avaient également été affectés par ce mal, et même l’eau, que Babacar allait tirer du puits pour son fils malade, était chargée de produits chimiques nocifs pour la nature et le corps humain. Sans le savoir, tout le village avait contribué à la dégradation progressive de l’environnement, leur environnement.

Antoinette Neyra seconde 4

Ce travail a été réalisé, suite à l’intervention d’une conteuse au CDI avec Madame Neau (professeur de français) et Madame Lecocq (documentaliste).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :