Peut-on faire l’économie de la Nature ?

Nous sommes allés à une conférence d’Éloi Laurent, un économiste de l’OFCE, qui portait sur la nécessité de donner ou non un prix à la nature. Quatre thèmes ont été présentés tour à tour…

Photo FSEG

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  • La valeur de la nature

Peut-on donner un prix à la nature ? Et donner un prix, est-ce nécessaire au développement durable ?

Éloi Laurent pense effectivement que cela est possible et est nécessaire. Selon lui, on peut valoriser la nature dans le sens où l’on peut valoriser une ressource naturelle, lui assigner un prix. Il a donné notamment l’exemple de l’eau, car elle est une ressource difficile à transporter  qui crée beaucoup d’activité économique ; il a aussi évoqué la forêt, un véritable espace économique car il abrite à la fois des activités de sylviculture (ayant une valeur économique) et une biodiversité (avec une valeur écologique).

M. Laurent considère que cette valorisation de la nature pourrait avoir lieu dans le cas d’un changement de théorie économique, d’une redéfinition du dogme économique actuel. Il estime dans cette perspective que la crise économique existante pourrait parfaitement servir à ce changement en réconciliant économie et nature.

L’économiste affirme, de plus, que « les générations futures doivent être incluses dans les négociations ». D’après M. Laurent, les questions environnementales sont des questions éthiques ; on ne peut pas simplement résonner en termes d’utilité. D’ailleurs certains chiffres parlent d’eux-mêmes : en 30 ans (1970 – 2006) le niveau de vie monétaire des français avait doublé tandis que la biodiversité mondiale chutait de 30% (soit 1/3 d’espèces naturelles en moins sur la planète)… (Source INSEE et WWF).

  • La fiscalité verte

Faut-il introduire une fiscalité verte ? Quelles sont les activités imposables, jugées malsaines pour l’environnement ? Dans quelle mesure une fiscalité verte, peut-elle être efficace ?

M. Laurent nous a d’abord parlé de l’externalité, une situation économique dans laquelle l’acte de consommation ou de production d’un agent influe négativement (ou positivement) sur la situation d’un autre agent non impliqué dans l’action. Dans l’exemple d’Éloi Laurent, il s’agit des feux de champs engendrés par le trafic ferroviaire dans l’État du Nebraska au États-Unis. M. Laurent reprend ici la théorie d’Arthur Pigou, qui fut le professeur de John Keynes, selon laquelle l’agent influant doit indemniser l’agent victime pour le préjudice. En fait c’est Pigou qui introduit le principe de « pollueur-payeur » dès la première moitié du XXème siècle, sans doute le père de l’économie de  la nature. La taxe « pigouvienne » vise donc à internaliser une externalité. Il s’agit en fait de calculer le coût de l’externalité (le coût social/environnemental), et de mettre en place une taxe de valeur équivalente afin de décourager les activités polluantes. Dans le cas du trafic automobile, on ne connaît pas le prix de l’externalité (que se soit en terme de santé ou de pollution environnementale), car il est impossible d’évaluer les dommages exacts que cause la pollution automobile.

M. Laurent nous a aussi dit que la fiscalité verte représentait en moyenne dans le monde, 3% du PIB d’un pays. Les taxes concernent le plus souvent le domaine de l’énergie. Selon lui, les écotaxes sont réellement efficaces (exemple de la Suède), mais peuvent engendrer des inégalités sociales. En effet, par exemple une taxe sur les carburants (grande partie du budget des ménages pauvres) créerait de nombreuses inégalités, ce serait donc une atteinte à la justice sociale. En outre, les taxes sur la pollution favorisent bien sûr l’environnement, mais si elles s’accompagnent de mesures visant à diminuer les taxes professionnelles, cela aura par la même un effet positif sur l’emploi et la croissance économique.

D’après Éloi Laurent, la fiscalité verte est fondamentale mais il faut savoir la doser correctement pour éviter qu’il y ait un effet contre productif dans la sphère économique. Ainsi il rejette l’idée selon laquelle les entreprises des pays taxés sur le CO2 pourraient avoir des problèmes de compétitivité à l’étranger face à des entreprises et des pays non taxés. L’idée étant de compenser la perte relative de compétitivité par une taxe CO2 sur les produits étrangers.

  • La croissance verte

Ne faut-il pas limiter la croissance, voire prôner la décroissance afin de sauvegarder l’environnement ?

Le problème qui se pose actuellement en termes de décroissance s’est déjà posé au XIXe siècle dans des termes légèrement différents, mais le raisonnement reste malgré tout équivalent. Tout d’abord, M. Laurent reprend la théorie de Thomas Malthus (économiste classique prônant la décroissance démographique afin de pouvoir nourrir l’ensemble de la population) et la compare aux économistes favorables à la décroissance mais cette fois-ci non plus pour préserver l’alimentation mais afin de préserver la nature. Or il constate que la population mondiale n’a cessé d’augmenter depuis la première moitié du XIXème siècle (environ à partir de 1820), alors que le PIB par habitant a augmenté de façon très similaire (courbe en forme d’une crosse de hockey). Cela s’explique par des gains de productivité liés au progrès technique.

Aujourd’hui, le problème du changement climatique peut être appréhendé de la même manière avec des courbes des températures suivant, elles aussi, le tracé de la crosse ; or, là encore, on peut penser que des efforts en matières d’investissements verts permettront de ralentir cette croissance exponentielle des effets négatifs sur l’environnement tout en ayant un effet bénéfique sur l’économie qui pourra ainsi entamer une nouvelle phase de croissance économique basée sur l’écologie. M. Laurent prône la création d’emplois verts dans les secteurs des transports et du bâtiment (les deux secteurs les plus pollueurs en France en 2006). Il faut investir dans ces domaines, car il n’y a actuellement que 2 millions d’emplois verts dans le monde. Il préconise donc une fiscalité verte afin d’inciter les entreprises à investir dans ce secteur.

  • La nouvelle écologie politique

Selon Éloi Laurent, le capitalisme financier autorégulé est un échec. La crise financière en est l’illustration ; c’est dans ce sens qu’il souhaite une régulation externe des marchés (à savoir une intervention des pouvoirs publics).

Sur les questions environnementales, la démocratie doit être forte, tout comme l’État. M. Laurent a fait la remarque que les pays les moins avancés sont ceux qui émettent très peu de CO2. À titre de comparaison, la Chine représente 24% des émissions de gaz carboniques mondiales alors que l’Afrique entière ne représente que 5%. Mais ce sont pourtant les pays les plus pauvres qui sont les premiers touchés et les plus fragiles face aux catastrophes naturelles.

Le principe de « pollueur-payeur » ne s’applique pas bien ici. Il y a donc, selon lui, un problème de justice internationale.

Les pays développés, les plus pollueurs, souvent situés en zone tempéré, voient leur biodiversité en légère augmentation alors que les pays pauvres, quant à eux, voient leur biodiversité en très grande diminution. Ces derniers sont souvent mal gouvernés, peu démocratiques. La déforestation est l’une des plus grosses catastrophes de notre temps, les forêts tropicales sont détruites par les firmes multinationales occidentales qui profitent des régimes politiques en place. C’est en ce sens qu’il pense que seule la démocratie comme système politique est à même de concilier croissance économique équitable et protection de l’environnement.

D’après M. Laurent, la théorie de la main invisible d’Adam Smith ne fonctionne pas en écologie. Car l’intérêt individuel ne conduit jamais à l’intérêt général ou plutôt environnemental. L’économiste considère que le développement durable doit protéger les intérêts humains (actuels et futurs) sans mettre en péril la biodiversité et l’environnement en général.

Éloi Laurent préconise aussi un changement d’instrument de mesure pour connaître la richesse environnementale (l’exemple de la Chine est frappant à ce sujet, avec une très forte croissance économique, mais un taux de pollution record et en constante évolution). La richesse d’une société ne doit pas seulement être considérée par sa richesse économique mais aussi par sa richesse écologique. Le PIB qui ne calcule que la richesse économique n’est donc pas approprié pour mesurer cela, ni même l’IDH qui mesure la richesse économique, la « richesse éducative » et la « richesse sanitaire ».

Boutry Marie, Jimbert Ella et Josse Edouard (TES2).

Ce travail a été réalisé dans le cadre des cours de Sciences Economiques et Sociales avec Mme Mermet

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